Apprendre à dessiner, dessiner pour apprendre

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Le nouveau musée Lascaux 4 comporte une partie atelier, avec des dispositifs destinés à nous faire réfléchir à ce qu’on a vu dans la reproduction de la grotte. Les explications, nombreuses, soulignent un point : si on sait comment les hommes préhistoriques dessinaient les animaux et signes sur les parois des grottes (techniques variées, types de pigments, modèles) on ne sait pas pourquoi. Et c’est ce qui nous intéresse aujourd’hui : qu’est-ce qui nous pousse à dessiner et qu’est-ce que dessiner nous apporte depuis nos deux ou trois ans, l’âge où l’on apprend à tenir un crayon ? Et aussi, pourquoi arrête-t-on de dessiner, trop souvent, en grandissant ?

Dans ce numéro nous allons logiquement nous intéresser à la maternelle, mais pas seulement…Car le dessin a tant de fonctions, à savoir représenter le monde, les sentiments, les idées mais aussi donner un sens et montrer des liens. Il pose, poétise et parle beaucoup de celui ou celle qui le produit, qu’on dessine un bonhomme à l’âge de 4 ans ou qu’on soit artiste (ou encore que l’on dessine en écoutant la radio). Le dessin c’est le mouvement conscient ou non de quelque chose en train de se faire, et dessiner, c’est encore réfléchir.

Et si nous avons souhaité produire cette émission c’est à l’occasion du formidable festival du dessin Arles 2026 qui se déroule jusqu’au 17 mai. Son président, Frédéric Pajak, évoquait l’école dans le discours d’ouverture de l’exposition « La Jeune garde à l’honneur », nous lui avons tendu le micro.

Louise Tourret s’entretient avec ses invités : Emmanuel Tibloux, directeur de l’École des Arts Décoratifs – PSL (Université Paris Sciences et Lettres), auteur, chroniqueur pourThe Art Newspaper et commissaire d’exposition, ancien directeur de l’École des Beaux-Arts de Lyon et des Écoles supérieures d’art et design de Saint-Etienne et de Valence, il sera le commissaire de la prochaine Triennale Art et Industrie organisée par le Frac Grand Large à Dunkerque, Camille Salesne, professeure agrégée d’arts plastiques elle enseigne également la spécialité histoire des arts au lycée à Corbeille-Essonnes (académie de Versailles) et est spécialisée dans l’accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers, Mathieu Cassotti, professeur en psychologie du développement à l’Université Paris Cité et au LaPsyDE (Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Education de l’Enfant), ses travaux portent notamment sur la créativité, il a co-écrit avec Grégoire Borst C’est (pas) moi, c’est mon cerveau (Nathan jeunesse, 2022), Frédéric Pajak, écrivain, dessinateur et éditeur, auteur notamment du vaste cycle du Manifeste incertain publié aux éditions Noir sur blanc (dernier volume paru en 2025, le volume 10 : Les étrangers), directeur artistique du Festival du dessin d’Arles (du 18 avril au 17 mai), et Céline Bachy, professeure des écoles (Moyenne section) à Paris.

Dans cette émission vous entendrez également la voix de Rose Vidal, artiste, autrice et critique d’art.

On ne naît pas en sachant dessiner

Il n’y a pas de gène du dessin ou de la motricité fine, rappelle Mathieu Cassotti. On a tous des compétences et un cerveau qui nous permet de nous entrainer. Et les enfants sont très forts là-dessus : quand ils ont envie de faire quelque chose il vont le répéter 100, 200, 300 fois. Savoir faire un trait droit, par exemple, ça prend beaucoup de temps – mais si vous le faites 300 fois il va devenir de mieux en mieux, c’est la plasticité cérébrale, ce qui nous permet véritablement d’apprendre. »

Le dessin enclenche de la pensée

« Bien sûr que le dessin est un langage, assure Camille Salesne. On est vraiment dans un aspect un peu « méta » : ça permet d’être dans l’avant-projet, car le dessin enclenche une réflexion et après c’est une sorte de cercle vertueux où quand on commence à dessiner, les idées viennent d’elles-mêmes et se structurent d’elles-mêmes, ça c’est quelque chose de très fort je pense dans la pratique du dessin. »

Dessiner c’est résister

Selon Frédéric Tibloux « dessiner c’est aussi entrer dans un certain rapport au temps et dans une maîtrise de l’attention. Aujourd’hui c’est une question qui me semble beaucoup plus cruciale, cette question de l’attention – ce qu’on peut appeler l’économie de l’attention ou le capitalisme de l’attention – or celui ou celle qui dessine, c’est celui qui décide de résister, de se soustraire, de devenir réfractaire à tous ces dispositifs de captation de l’attention. »

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