Les artistes ont toujours eu un réel engouement pour le carnet de voyage, voyage spatial (Eugène Delacroix) et senti-mental (Eva Aeppli, Fabienne Verdier et Vera Molnar) car ce support se situe entre les arts graphiques et les arts plastiques, entre l’album et l’ouvrage illustré. Il offre une véritable palette personnelle représentative de celui qui le tient, sur le monde et ce qui l’entoure. Les exemples de carnets ci-dessous sont des reportages graphiques d’un voyage en pays lointain, peu connu et dans l’esprit des artistes (leurs visions du monde, leur façon de penser, d’associer des éléments, de les décliner, de les expérimenter, …).
Carnet de voyage : une oeuvre en soi ? Thèse sur https://theses.hal.science/tel-01913594/document
Villard de Honnecourt
Le carnet de Villard de Honnecourt (1200 – 1250), architecte du Moyen-Âge, est composé de feuilles de parchemin portant des dessins sur les deux faces et réunies en cahiers comportant un nombre de feuilles variables. Il se présente comme un carnet de format réduit, d’environ 14 cm sur 22, relié et recouvert de cuir marron. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de France.
Entre un tiers et la moitié des feuilles du manuscrit, estimées au départ à une centaine, ont disparu. D’autres ont été modifiées ou grattées, 33 folios subsistent, soit 66 pages
Le premier folio comporte des dessins de caractère caricatural et qui ne paraissent pas avoir été tous tracés par la même main. On y notera l’intérêt pour les formes de la nature qu’on retrouve fréquemment dans ce manuscrit.
Eugène DELACROIX
Traces de l’orient : voyage diplomatique et esthétique
Ce recueil de voyage rempli d’aquarelles et de croquis est réalisé au Maroc au XIXe siècle. Il va accumuler dans ses carnets notes et dessins, qui vont constituer une sorte de répertoire iconographique, dans lequel il puisera pour composer ses peintures orientalistes jusqu’à la fin de sa vie. L’artiste français a capturé les scènes de rue et les visages de ce pays exotique précieusement, puisque pour lui cet unique voyage en Orient de sept mois, effectué entre janvier et juin 1832, au Maghreb et en Andalousie est un choc esthétique. À la fin de sa vie encore, il laisse un manuscrit inachevé rédigé vers 1840 : Souvenir du Voyage au Maroc où il tente d’expliquer ce qu’il a vécu.
C’est à la mi-octobre 1831 que Louis-Philippe (Roi des Français) informe Charles-Edgar, comte de Mornay (1803-1878) de sa mission diplomatique auprès de Moulay Abd er-Rahman (1778-1859), sultan du Maroc. Il s’agit de porter un message de paix au sultan et aux Britanniques, bien implantés, sur le plan commercial, dans le pays.
Eugène Isabey (peintre, lithographe et aquarelliste français) avait d’abord été pressenti pour se joindre à la mission diplomatique en Afrique du Nord. Revenu depuis peu d’Alger, il s’était désisté, craignant un deuxième voyage en Afrique. Delacroix sera donc choisi pour accompagner la mission à ses frais.
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En 1864, l’intégralité de son atelier fut mise en vente publique. La vente a permis de répertorier un total de 1000 dessins dans lesquels l’artiste a puisé jusqu’à sa mort en 1863.
4 carnets sur 7 de Delacroix nous sont parvenus : 3 sont conservés au musée du Louvre et 1 au musée de Condé à Chantilly : Album d’Afrique du Nord et d’Espagne en 1832.
Mois d’avril, lettre que DELACROIX envoie à Armand Bertin de Meknès : « Le pittoresque abonde ici. A chaque pas il y a des tableaux tout faits qui feraient la fortune et la gloire de vingt générations de peintres. Vous vous croyez à Rome ou à Athènes moins l’atticisme : mais les manteaux, les toges et mille accidents des plus antiques« . DELACROIX, Eugène. Correspondance générale, tome 1. Paris : Plon, 1936. p. 327-328.