Rapport au réel

Rapport au réel

Désigne le(s) lien(s) qu’une oeuvre entretient avec le réel, qu’il soit son référent (mimesis, ressemblance, degré d’iconicité très fort), son double (analogon, vraisemblance), éloigné de sa représentation (valeur expressive de l’écart), totalement absent (abstraction et degré d’iconicité très faible), ou constituant plastique (matière devenue matériau).

Le réel n’est pas la réalité : le réel est ce qui est, ce qui nous entoure, objectivement tandis que la réalité est le réel tel qu’on le perçoit, donc avec sa part de subjectivité.

6 révolutions artistiques : invention de la photographie, premiers collages, l’abstraction, ready-made, performances, oeuvres immatérielles.

1. La Photographie

    2. Le Collage

    Le réel n’est plus REprésenté mais présenté, collé à même l’oeuvre : c’est la technique du collage

    Nature Morte à la Chaise cannée de Pablo Picasso 1912 : Nature Morte à la Chaise Cannée de Pablo Picasso – Site d’une enseignante en arts plastiques (profartspla.site)

    3. L‘abstraction ou la non-figuration

    Le réel n’est plus REprésenté, il n’est plus le sujet de l’oeuvre, ni la source d’inspiration de l’artiste.

    4. Le Ready-Made

    Ready-Made de Marcel Duchamp : le réel, par la volonté et le choix de l’artiste peut devenir oeuvre d’art. Mais il n’est plus REprésenté mais présenté directement aux yeux du public.

    5. La Performance

    Le réel n’est plus REprésenté, il est investi par l’artiste qui réalise en direct, devant le public son action. L’action devient oeuvre.

    6. L’immatérialité

    Les oeuvres immatérielles n’ont plus d’existence concrète : oeuvres lumineuses, numériques, digitales, VR, NFT, … Ce sont des oeuvres qui existent dans une réalité fabriquée, virtuelle, augmentée. Une œuvre immatérielle est une création dont la valeur, l’existence et le sens ne résident pas dans un objet physique permanent (comme une toile ou une sculpture en marbre), mais dans l’idée, le protocole, la performance, l’action ou l’expérience éphémère.

    Les Zones de sensibilité picturale immatérielle d’Yves Klein (1959)

    • Le concept : Yves Klein vendait des espaces vides, des « zones de sensibilité » purement spirituelles et invisibles.
    • Le protocole : L’acheteur devait payer une quantité d’or définie. En échange, il recevait un reçu. Pour que l’œuvre devienne pleinement immatérielle et que l’acheteur en soit le seul possesseur, un rituel strict devait être respecté : l’acheteur devait brûler le reçu tandis qu’Yves Klein jetait la moitié de l’or dans la Seine.

    The Artist is Present de Marina Abramović (2010)

    • Le concept : L’œuvre n’est pas un objet, mais une performance temporelle et relationnelle.
    • L’expérience : Pendant trois mois au MoMA de New York, l’artiste est restée assise immobile sur une chaise, 7 heures par jour, sans parler ni bouger. Les visiteurs venaient s’asseoir un par un en face d’elle, soutenant son regard. L’œuvre immatérielle résidait entièrement dans l’intensité de la charge émotionnelle et le silence partagé entre l’artiste et le participant.

    Comedian de Maurizio Cattelan (2019)

    • Le concept : Plus récente et provocatrice, cette œuvre consiste en une simple banane scotchée à un mur avec du ruban adhésif gris.
    • La matérialité vs l’immatérialité : La banane finit par pourrir et doit être remplacée régulièrement. Ce qui est acheté (pour 120 000 dollars à l’époque), ce n’est pas le fruit lui-même, mais le certificat d’authenticité et le protocole écrit décrivant comment placer la banane et le scotch. L’œuvre réside dans l’idée de la valeur marchande de l’art et la réaction du public.

    Les règles du protocole : le protocole, l’idée est l’oeuvre, pas la banane !

    • Remplacement du fruit : La banane physique et le ruban adhésif (Gaffer) doivent être remplacés régulièrement (en général tous les 3 jours) pour éviter la putréfaction. Les médiateurs ont un nuancier pour mesurer le degré d’altération du fruit.
    • Instructions d’installation : Le protocole précise l’emplacement et la méthode exacts, notamment une hauteur de 1,72 mètre du sol et un angle de 37°.
    • Authenticité : L’acheteur ou l’institution possède un certificat d’authenticité signé par Maurizio Cattelan qui autorise le remplacement de la banane et garantit la validité de l’œuvre. C’est ce qui permet de remplacer le fruit immédiatement en cas de vol, de dégradation ou de consommer/changer la banane comme l’ont fait les différents acquéreurs ou musées.

    PHP Code Snippets Powered By : XYZScripts.com