Le terme d’event a été utilisé par les membres du groupe Fluxus, à partir des années 1960, pour désigner certaines de leurs productions consistant en une action, généralement simple, volontiers anticonventionnelle, voire provocatrice : « Les commentateurs ont pris l’habitude de désigner [les manifestations fluxus] comme des performances […] ou des happenings […], mais c’est le mot event (« événement »), proposé par George Brecht (né en 1925), qui est utilisé de préférence par les artistes [du groupe Fluxus] : il peut désigner toutes sortes d’actions, du geste le plus simple et le moins théâtral (boire un verre d’eau) aux jeux collectifs les plus débridés (scier un piano), voire qualifier d’oeuvre un événement de la vie privée… » (Encyclopédie Universalis, article « Fluxus »).
L’event, en art contemporain, désigne une œuvre qui se caractérise par le fait que c’est le spectateur qui la constitue. L’artiste ou le groupe d’artistes dispose et utilise dans un lieu des objets, des peintures mais aussi des sons, des films que le spectateur va s’approprier pour créer lui-même une œuvre. Il n’y a pas de scénario pré-établi contrairement à la performance ou au happening.
Le premier event : Untitled Event (ou Theatre piece n° 1), 1952, John Cage, Robert Rauschenberg et la Cunningham Company au Black Mountain College
L’idée selon laquelle l’art et la vie doivent être réunis trouve sa première concrétisation au cours de la soirée « sans nom », l’Untitled Event de 1952 que Cage conçoit avec Robert Rauschenberg et la Cunningham Company au Black Mountain College. S’inspirant du Théâtre et son double d’Antonin Artaud, John Cage souhaitait mettre en application cette idée d’un théâtre de « choses » simultanées laissant une large part non à l’improvisation mais à l’indéterminé. Physiquement cerné par les tableaux et projections le public est au centre. Pendant que l’image d’un film de Nicolas Cernovitch glisse du plafond au sol d’un côté de l’espace, des diapositives de peintures sont projetées de l’autre ; les poètes Mary Caroline Richards et Charles Olson, juchés sur des échelles, lisent leurs textes ; Robert Rauschenberg, qui a suspendu ses White Paintings au plafond, passe des disques ; David Tudor joue Water Music de John Cage qui, de son côté, lit une causerie en traçant des lignes à la craie sur le sol ; Merce Cunningham danse avec un chien.
Aucune structure narrative n’ayant été établie, ce n’est pas l’intention de l’artiste qui est au centre de l’oeuvre, mais l’attention du public qui est au centre des préoccupations. Untitled Event sollicite la singularité du regard de chaque spectateur au lieu de souligner celle d’une direction artistique. Enfin l’intervention du public est directement encouragée. Mary Caroline Richards et Charles Olson lui proposent de poursuivre des lectures entamées. À la fin de la soirée, [on sert le café aux participants dans] les tasses qui, déjà disposées sur des chaises à l’ouverture, ont servi entre temps de cendriers. Ces événements collés bout à bout se suivent en se superposant comme un collage de Kurt Schwitters. L’enchevêtrement des pratiques artistiques est tel que la perception de l’objet devient un événement évoluant avec le contexte dans lequel il est perçu, de même que l’événement, n’étant soumis à aucune directive, se vit comme la contemplation d’un objet.
