La notion de collaboration n’est pas une spécificité de l’art contemporain : la réalisation des polyptyques des XIVème et XVème siècles , des grands cycles décoratifs de la Renaissance ou d’œuvres qui répondaient à des commandes provenant de toute l’Europe comme celles confiées à Pierre-Paul Rubens à l’époque Baroque, a nécessité la collaboration d’une équipe parfois considérable d’artistes et d’artisans réunis autour du génie concepteur.
Collaboration, co-création ou productions collectives :
Dans les pratiques collaboratives, le nom du maître, du leader est mis en avant. Les assistants, collaborateurs sont peu ou pas cités du tout. Qui connait un nom de collaborateur d’Andy Warhol, Sol LeWitt, Jeff Koons, Takashi Murakami, … ?
Dans les co-créations, comme celles de Pablo Picasso-Georges Braque, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, la pratique de chacun est reconnue et parfois même reconnaissable !
Dans les pratiques collectives, chacun met son ego de côté, pour agir au nom d’un groupe, mouvement, collectif. Dans le groupe BMPT, les initiales sont là pour suppléer les noms identifiant des personnes (Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni), des personnalités. La Coopérative des Malassis regroupait 6 peintres, dont Henri Cueco, mais qui sont les autres ?
Ouvrage Canope : Collaboration et co-création entre artistes. Des années 1960 à nos jours
Dès le XVème siècle
Les pratiques collectives d’artistes émanent très tôt des grands ateliers de productions artistiques pour répondre à l’afflux de commandes. Les grands maîtres européens, tel Pierre-Paul Rubens ou Albrecht Dürer, s’entourent déjà de spécialistes de la nature morte, de la peinture animalière, des sujets militaires, collaborateurs plus ou moins connus, pour entretenir de véritables entreprises au service des commanditaires religieux ou civils.

Dans l’atelier d’Auguste Rodin
Auguste Rodin, le plus grand sculpteur du XIXème siècle, employait près d’une cinquantaine de personnes pour répondre aux commandes. Cette communauté artistique aux dimensions d’une petite entreprise se composait d’assistants et d’ouvriers, mouleurs, modeleurs, metteurs au point, marbriers à façon, estampeurs, praticiens, ornemanistes, agrandisseurs ou hommes à tout faire.
Rodin distribuait les tâches et tous s’affairaient sous l’œil vigilant du maître. II les payait à l’heure, à la journée, à la semaine ou au mois. À ces hommes s’ajoutaient le va-et-vient de nombreux sous-traitants – fondeurs, patineurs, ciseleurs ou transporteurs – et le balai incessant des livraisons de terre à modeler ou de blocs à tailler, des œuvres en partance, des pièces achevées prêtes à être livrées… Mais l’atelier ouvrier, parfois industrieux, lieu d’engrangement, de stockage et d’enchevêtrement des œuvres d’hier et de celles de demain, demeurait avant tout le lieu initial d’apprentissage du métier et de la transmission espérée.
Ainsi Rodin, mi-artiste, mi-entrepreneur, s’entoura de collaborateurs, attirant parmi ses assistants quelques jeunes talents (Camille Claudel, Constantin Brancusi, Antoine Bourdelle, …) auxquels il confiait l’exécution de divers travaux, de morceaux, de pieds, de mains… déléguant aussi très tôt la pratique de ses marbres à des metteurs au point pour le dégrossissage du bloc, puis à des praticiens. Ce fonctionnement de l’atelier, très répandu au XIXème siècle, lui permettait de se dispenser des dures besognes et de se consacrer pleinement à la conception et à l’élaboration de ses œuvres.


